Archive for the 'Octosyllabes' Category

Deux ânes nés

~

Je me souviens d’avant le vous,
Lointain de nous j’avoue.

Deux est avant les « Je vous aime »
Présent pour l’Un quand même.

Nos ans sont différents de ceux
Où l’autre et l’un font deux.

Des mois non exempts de bévue
Mais je vous aime t’as vu ?

Cent mille années sans foi ni loi
Mais jamais deux sans toi.

~

Au revoir Mamie

~

Avant même de la voir,
Ses cartes et sa belle écriture
Nous chantaient « Bon Anniversaire ! »
Pour première littérature.

Quand venait l’heure des vacances,
À sa fenêtre, pour que l’on vienne,
En retard ou bien en avance,
Elle s’inquiétait, quoi qu’il advienne.

Si par malheur on arrivait
Avec une fleur ou autre chose,
Avec un cadeau pour Mamie,
Elle n’en comprenait pas la cause.

Et cette fleur ou cette plante
Dont elle ne s’occupait jamais,
Faisait donc son intéressante,
Montant plus haut que les sommets.

Sans plus attendre sur la table,
Poussaient des plats qui sentaient bon.
Nous bien gavés, c’est formidable,
Elle sortait la boîte à bonbons.

Pas de secret pour ses recettes,
Elle nous les a toutes confiées,
Mais les mesures et les étapes,
Il vaudrait mieux ne pas s’y fier.

À la Bataille ou au Nain Jaune,
Elle a passé beaucoup de temps,
Confuse de mieux jouer que nous,
Cela nous plaisait tout autant.

Quand venait l’heure de dormir,
Un doux lit nous était offert,
Qu’elle nous avait confectionné,
Mais qu’on ne savait pas refaire.

La nuit, nous étions rassurés
Par un clown rond lumineux,
Et nos doudous rafistolés
Lançaient des mercis bien à eux.*

Au matin elle était levée,
Bien avant nous, ça c’est certain.
On avait le p’tit déj rêvé :
De la brioche et du bon pain.

Mais il nous faut déjà partir.
Mamie ne t’inquiète donc plus,
Tu as bien nourri nos enfances.
Encore de toi nous aurait plu.

~

Tes petits enfants


*À l’origine :
La nuit, on était rassuré
Par la veilleuse souriante,
Et nos doudous rafistolés
Remerciaient Mamie tout autant.


Autrement votre

~

Le moi quand il est incomplet,
Laisse entrer notre solitude,
Mais d’un compagnon se complaît,
Je n’en parle pas d’habitude.

Cette rencontre nous appartient,
Quand nous sommes devant la porte,
Et quand cet « Autre » la retient,
C’est un geste qui nous apporte.

Ce leitmotiv d’initiatives,
Nous donne comme un nouvel élan,
Ce poème en définitive,
Provient de l’Autre bon an mal an.

On apprend de lui pas de soi,
Le bonheur mais pas d’autre émoi.
Veiller sur lui ça va de soi,
En effet pour lui l’Autre est moi.

~

Pour le Foyer du Vert-Galant (Tremblay en France).
Lu par une animatrice lors du « Printemps des Poètes ».
Le thème de cette 10ème édition était « Éloge de l’Autre ».

Les dés du dédain

~

Les dunes d’elle qui m’allument
nargue le moi qui l’importune

Les dés précoces de la brune
Jetés avant moi font la Une

Mon dû n’est pas du dédain d’une
s’envolant sans mon infortune

Elle vole et vole dans ma lune
d’une aile sûre ma fortune

~

L’amour par anticipation

~

Il était temps que je t’écrive,
Tu es celle que j’attendais,
Je suis posé sur l’autre rive,
Si jamais tu te demandais.

Comment vas-tu depuis toujours ?
Je souhaite avoir de tes nouvelles.
Pourrais-tu me remettre à jour,
En donnant un coup d’manivelle ?

Regarde, prends-le, ça c’est pour toi.
Je l’ai fabriqué de mes mains,
Pour mon coeur ou pour notre toit,
Ce diffuseur de lendemains.

L’avantage pour le moment,
C’est que je ne me risque pas,
A m’enivrer tout doucement,
Tendrement au creux de tes bras.

D’ici tu es déjà si belle,
Mais ma vision est déformée,
Par le son du prénom de celle,
Que je ne saurais pas nommer.

En attendant de te croiser,
Je te le dis sans ton accord,
Avant de pouvoir traverser,
Que je ne t’aime pas encore.

~

La part rance de l’apparence

~

Souvent sujette à ma vision,
La belle superficialité,
Me provoque alors des lésions,
Et blesse ma simplicité.

Je suis comme celui qui me lit,
Assemblé de chair et de sang.
Mon coeur et âme qui s’y lient,
Sont nus, ce n’est pas indécent.

Voir le fond et non la forme,
Le plus noble des exercices,
Car ceux qui portent l’uniforme,
Ne sont pas tous dans la police.

Ceux qui ne voient que l’apparence,
Sont des aveugles de l’esprit,
Bouder ainsi la tolérance,
C’est avoir un coeur malappris.

J’aime l’art qui sait nous montrer,
Par nos yeux ou par nos oreilles,
Le fond de nous et son entrée,
Pour ça, il n’a pas son pareil.

~

Chapitre I : Seul l’âne ne me dit rien qui vaille

~

L’âne Onîm a besoin de soins,
Pour retrouver toutes ses forces,
Un peu de rimes dans les foins,
Pourrait être une bonne amorce.

Les idées germent, à c’qu’il parait,
Même quand elles sont à l’agonie.
Je reste ferme sur mes jarrets,
Comme les Grands Pieds d’Patagonie.

Dans une atmosphère de mots,
Des phrases volent autour de moi,
Elle donnent à ma tête des maux,
Ma queue en balaye parfois.

Pour combler une solitude,
Il faut la faire disparaître,
J’offre ainsi la sollicitude,
Aux mots qui n’ont plus qu’une lettre.

Mais qu’en est-il de la mienne,
Coincé au fond de mon étable ?
Je reste seul quoi qu’il advienne,
Personne pour partager ma table.

Il suffit ! Je ne me plains plus,
Je refuse d’être sclérosé.
Je partirai bien au delà,
De la clôture électrisée.

À la première des occasions,
Je refais ma vie sans frontière,
J’ai le plan de mon évasion,
Ecoutez-le car j’en suis fier…

Quand le fermier point’ra son nez,
Je serai caché dans la paille,
Il sera ainsi condamné,
À me chercher, ça c’est sans faille.

Penché dans cette nature morte,
Il ne me verra pas sortir,
Je marcherai de telle sorte,
Qu’un ninja ne pourrait en rire.

En me traitant de tous les noms,
Le brave homme cherchera ailleurs,
Dans sa remorque, sûr que non !
De mon plan, ça c’est le meilleur.

En attendant de voir venir,
Le fermier avec son tracteur,
J’aurais bien besoin de dormir,
Demain entre en scène l’acteur.

~

Source d’expirations

~

Ce soir en commençant d'écrire,
Je n'avais pas d'inspiration.
J'n'ai pas non plus l'envie de rire,
Après une telle conversation.

Pourquoi diable se fatiguer,
A parler pour ne rien confier.
Il n'est pas viable de léguer,
Un discours pour ne pas s'y fier.

Lorsque l'on tombe on s'écorche,
Et souvent sur le même endroit.
Grattant sans cesse son écorce,
Je ne pense être plus adroit.

Pourquoi attendre de l'autre,
Ce que l'on ne saurait faire ?
C'est comme vouloir rendre votre,
Le soucis de mes affaires.

Toujours continuer de se voir ?
Faire en sorte de dialoguer ?
Pourquoi nier la mer à boire,
Laissons là nos deux coeurs voguer.

Pour mieux se revoir demain soir,
Chassons nos questions ce matin.
L'expérience me donne l'espoir,
De retrouver notre Latin.

Il ne vaut mieux pas confondre,
La colère et la rancune.
La première se laisse fondre,
De l'autre ? J'en ai aucune.

~